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Essor de la prescription de télésurveillance

Ecrit par Michelle Cooreman
La télésurveillance, ou suivi à distance des paramètres du patient, est en plein essor depuis la crise de la COVID-19.

Essor de la prescription de télésurveillance

Michelle Cooreman
Hospitals.be

Télésurveillance : où en est-on et où va-t-on ?

La télésurveillance, c’est-à-dire le suivi à distance des paramètres des patients, est en plein essor depuis la crise du COVID-19. Plusieurs entreprises proposent aujourd’hui des solutions de télésurveillance pour un processus de soins spécifique (les telemonitoring providers). Avec la mise en place de « l’ordonnance de télésurveillance », les données mesurées par tous ces prestataires devraient, à terme, être intégrées de manière standardisée dans le dossier patient informatisé (DPI) de chaque patient.

Pour déployer ce concept, un consortium de plus de 40 hôpitaux, dirigé par l’hôpital O.L.V. van Lourdes de Waregem et Byteflies – lui-même prestataire de télésurveillance – bénéficie d’un financement substantiel du SPF Santé publique. Hans De Clercq, co-CEO de Byteflies, et Joris Walraevens, responsable des collaborations stratégiques, expliquent comment tout a commencé et ce que l’avenir pourrait apporter.

Byteflies, prestataire de télésurveillance

Byteflies est un prestataire de télésurveillance : une entreprise qui fournit la technologie permettant aux médecins hospitaliers de mesurer à distance, au domicile du patient, différents paramètres cliniques.

« Nous sommes ingénieurs et nous nous concentrons sur la technologie nécessaire pour mesurer des données à domicile de manière sécurisée et les transmettre à l’hôpital. La première fois que nous avons proposé une solution aux hôpitaux, c’était pendant l’épidémie de COVID-19.

Au début de la pandémie, nous étions déjà actifs comme société dans les études cliniques et la recherche, et nous avions des contacts avec les hôpitaux. Une mise en œuvre plus large nous semblait alors plutôt relever d’un scénario futur. Mais avec le COVID-19, il a soudain fallu mieux suivre les patients à distance pour garder des lits disponibles pour les cas les plus graves.

Nous avons alors très rapidement développé une solution : Covidcare@Home. Il s’agissait d’une “boîte” contenant plusieurs appareils permettant de mesurer plusieurs fois par jour la température, la saturation en oxygène, la fréquence cardiaque et la respiration, et de transmettre ces données via une plateforme logicielle au médecin hospitalier. Le pneumologue ou l’urgentiste pouvait ainsi suivre des patients qui ne se trouvaient pas dans un lit d’hôpital. C’était l’idée de départ », explique Hans De Clercq.

Besoin d’intégration dans le DPI

Au départ, la solution a été mise gratuitement à disposition des hôpitaux pour les aider dans la crise COVID-19, et de nombreux établissements l’ont adoptée rapidement. Une question revenait toutefois régulièrement de la part des Data Protection Officers (DPO) ou des services ICT :

« Est-ce que les données sont intégrées dans le dossier patient informatisé (DPI) ? »

La réponse, chez Byteflies, était négative. L’intégration dans un DPI demande du temps, et le problème posé par le COVID-19 était urgent : il fallait donc proposer une solution « hors ligne », non connectée au DPI. Les hôpitaux pouvaient alors l’accepter dans ce contexte de crise.

Après la première vague, d’autres domaines se sont intéressés à des solutions similaires – cardiologie, neurologie, oncologie – avec le même objectif : mieux suivre les patients à distance.

« Notre technologie peut être utilisée dans d’autres parcours de soins. Mais il fallait le faire de façon durable, avec intégration des données dans le DPI. En discutant avec les différents fournisseurs de DPI, les hôpitaux et les autres prestataires de télésurveillance, nous avons constaté qu’il existe aujourd’hui très peu de solutions réellement intégrées dans le paysage des soins, principalement parce que cette intégration est extrêmement complexe », poursuit le co-CEO de Byteflies.

La demande dépasse l’offre

De nombreuses entreprises proposent des solutions de télésurveillance – entendue ici au sens large comme toute technologie permettant de mesurer des données en dehors des murs de l’hôpital, sur prescription d’un professionnel de soins hospitalier.

En théorie, toutes ces mesures devraient être intégrées dans tous les types de DPI présents dans le paysage belge. La demande existe, mais l’offre ne suit pas : d’un côté, une multitude de prestataires de télésurveillance, de l’autre, une capacité de développement limitée dans les DPI comme chez les providers.

En pratique, chaque prestataire commence par discuter avec le service ICT de l’hôpital où il souhaite déployer sa solution. Or, ces services locaux n’ont souvent ni le temps ni les ressources pour développer des intégrations. Résultat :

  • ce sont les soignants qui se retrouvent avec une charge supplémentaire,
  • l’infirmier/ère ou le médecin doit encoder lui-même les données issues d’applications non intégrées dans des outils externes,
  • puis télécharger des rapports (PDF, autres formats) et les charger manuellement dans le DPI.

C’est ainsi que cela se passe aujourd’hui dans la plupart des cas.

Vision d’avenir

Une transformation vers la virtual health care – la santé virtuelle – est en marche. Les hôpitaux mettent progressivement en place des “virtual wards” : des services où le patient ne se trouve plus physiquement dans un lit d’hôpital, mais chez lui, tout en bénéficiant d’un suivi. Il doit aussi être possible d’intervenir rapidement si l’état du patient se dégrade.

« Les hôpitaux doivent investir eux-mêmes dans cette transformation, ce n’est pas notre rôle. Notre travail, c’est de veiller à ce que les données arrivent, de manière sécurisée, jusqu’à l’hôpital, afin qu’ils puissent évaluer correctement l’état des patients », précise Hans De Clercq.

Garantir la continuité des soins

De nombreux hôpitaux considèrent l’extension de la continuité des soins en dehors des murs de l’hôpital comme un pilier de leur vision future.

Joris Walraevens, business lead chez Byteflies :

« Certains hôpitaux se mobilisent de manière proactive pour garantir cette continuité. La télésurveillance est une des composantes – pas la seule – mais une composante importante. Ils s’organisent déjà en ce sens.

L’UZA à Anvers, par exemple, ambitionne d’avoir ce modèle pleinement en place d’ici 2029. Tout ne va pas aussi vite que nous le souhaiterions, mais les choses avancent. En France, pour prendre un autre exemple, entre 15 000 et 20 000 patients insuffisants cardiaques sont déjà suivis chaque année par télésurveillance, avec un remboursement structurel. On a démontré que c’est rentable pour la société et bénéfique pour les patients.

Les cas d’usage vont se multiplier : diabète, post-opératoire, triage aux urgences (pour éviter un passage complet aux Urgences, avec possibilité de suivi rapproché à domicile)… Les possibilités sont quasi infinies, et elles se concrétiseront progressivement, en fonction des modèles de remboursement et de l’acceptation par les patients. »

L’ordonnance de télésurveillance

Face à ces enjeux, un groupe de travail “intégration de la télésurveillance” a été mis sur pied il y a quelques années. Il réunissait des acteurs techniques : prestataires de télésurveillance (RemeCare, moveUP, Byteflies, FibriCheck, …), ainsi que beMedtech et Agoria.

« C’est là qu’est née l’idée du voorschrift telemonitoring, l’“ordonnance de télésurveillance”.

“Télésurveillance” est pris dans le sens large de toute mesure de données extramuros, et “ordonnance” car nous voyons ce processus comme quelque chose de très similaire à une prescription classique : par exemple, le médecin prescrit un examen de sang au laboratoire (ordonnance), qui analyse l’échantillon et renvoie un rapport au médecin.

Pour nous, la télésurveillance, c’est la même logique : à un moment donné, un médecin a besoin de mesurer un patient à distance. Il “prescrit” une solution de télésurveillance. Le prestataire met en place le suivi, organise les mesures et les analyses, puis renvoie un rapport au médecin. D’où le terme d’“ordonnance de télésurveillance”. »

Un avantage pour toutes les parties

Concrètement, l’ordonnance de télésurveillance est une hub, une plateforme, une « petite porte logicielle » que Byteflies a développée, qui fait le lien entre tous les DPI et tous les prestataires de télésurveillance (voir schéma) et qui présente des avantages pour chaque acteur :

  • Pour les hôpitaux
    • Ils accèdent beaucoup plus rapidement aux outils de télésurveillance : ils n’ont plus à attendre une intégration spécifique dans leur DPI.
    • Le travail pour l’IT et les DPO est fortement réduit : la porte logicielle permet de définir des conditions claires (RGPD, normes, exigences légales) avant qu’une intégration soit autorisée.
    • Le travail des DPO dans chaque hôpital est ainsi en partie centralisé et mutualisé.
  • Pour les DPI
    • Un seul canal d’intégration doit être mis en place.
    • Via cette “porte”, les données de tous les prestataires sont intégrées de manière structurée dans le DPI, sans développement spécifique par provider.
  • Pour le SPF Santé publique
    • Le projet apporte de la cohérence : l’ensemble des données de tous les prestataires revient vers le système de soins de manière standardisée.
    • Cela facilite fortement l’utilisation secondaire des données (recherche, qualité, politique de santé) et permet aussi une meilleure comparabilité entre jeux de données.
    • La porte logicielle permet en effet une implémentation standardisée des données, indépendamment des formats utilisés par les différents prestataires.
  • Pour le patient
    • Il accède plus rapidement à des technologies innovantes déjà disponibles ou en cours de déploiement.

Un projet en cours

Les premiers à tester l’ordonnance de télésurveillance sont les patients en oncologie de l’UZ Leuven et leur équipe de soins. C’est là que le flux complet – de la mesure chez le patient à l’intégration des données dans le DPI (Nexuzhealth) – a été mis en œuvre pour la première fois.

« Aujourd’hui, Byteflies est le partenaire chargé de l’implémentation : nous développons le composant logiciel (la “porte”) et nous négocions les modalités d’intégration avec tous les acteurs. Nous mettons également en place un site web expliquant comment intégrer la solution, autant pour les prestataires de télésurveillance que pour les DPI, afin de réduire la complexité actuelle d’intégration et de proposer un standard pour tout le paysage belge. »

Pour réaliser et valider ce projet, un consortium mené par l’O.L.V. van Lourdes Ziekenhuis de Waregem a reçu 1,5 million d’euros de financement du SPF Santé publique. Byteflies assure l’implémentation, la validation étant réalisée par les hôpitaux participants.

Une proposition de participation a été envoyée à tous les hôpitaux, dont 47 ont déjà signé. Le responsable de chaque hôpital participant contribuera à la définition du modèle et testera cette nouvelle façon d’intégrer les données. Chaque hôpital participant reçoit un budget pour déployer la télésurveillance dans le cadre du projet, et choisit lui-même le parcours de soins concerné (monitoring Holter en cardiologie, suivi post-opératoire, insuffisance cardiaque, etc.).

Les données sont transférées via la hub (où elles ne sont pas stockées) puis enregistrées dans le DPI de manière standardisée. Cette phase de test doit éviter de développer une solution qui ne serait finalement pas adoptée sur le terrain parce qu’elle ne répondrait pas aux besoins des soignants ou des DPO.

« Nous voulons impliquer les hôpitaux dès le premier jour en leur donnant un budget pour mesurer des patients via cette nouvelle manière de travailler. »

Une incitation pour les hôpitaux

Sur le plan de la sécurité, Hans De Clercq rassure :

« Byteflies est une entreprise certifiée sur le plan médical, qui applique les normes adéquates pour mesurer des données à domicile de manière sûre et les transmettre à l’hôpital. Nous respectons des standards stricts pour nos propres solutions de télésurveillance, et nous utilisons ces mêmes standards pour le développement de la “porte” logicielle. »

De nombreux prestataires de télésurveillance se connectent déjà à la plateforme :

  • des start-up (moveUP, FibriCheck, Comunicare, Bewell, Remecare, …),
  • mais aussi des acteurs internationaux de grande taille (Siemens, ResMed, …).

Dans de nombreux parcours de soins, le suivi à distance apporte une plus-value. Les hôpitaux sont aussi encouragés à mettre en place une ordonnance de télésurveillance :

« La télésurveillance qu’un hôpital souhaite développer dans le cadre du projet peut être mise en place avec le prestataire de son choix. Cela crée une forme d’incitation : les hôpitaux veulent que les données entrent dans leur DPI de manière standardisée et indiquent aux prestataires qu’ils souhaitent travailler avec eux sur tel parcours de soins, avec un budget dédié.

Les prestataires doivent bien sûr d’abord se connecter à la hub : c’est la condition pour pouvoir participer aux tests, sinon ce n’est pas une vraie phase de test. De cette façon, nous créons des incitations positives pour connecter un maximum d’acteurs.

Il en va de même pour les éditeurs de DPI : ils doivent eux-mêmes implémenter l’intégration avec la hub. L’incitation, ici, vient du fait qu’un nombre croissant d’hôpitaux signalent que leurs soignants et leurs patients sont demandeurs. »

Et après la phase financée ?

L’objectif est qu’à la fin du projet, la hub de l’ordonnance de télésurveillance reste en place dans le paysage belge, sous la forme d’une ASBL neutre, organisée soit par le SPF Santé publique, soit par les hôpitaux eux-mêmes.

« Aujourd’hui, c’est Byteflies qui développe la solution, mais nous ne le voyons pas comme un modèle économique pour nous. Il faudra ensuite un budget de fonctionnement pour maintenir la hub. Il est probable que le SPF Santé publique financera ce fonctionnement minimal, par exemple pour intégrer de nouveaux standards, traiter les nouvelles demandes et assurer la maintenance. »

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