Stefaan Claeys
Facilitair directeur Imeldaziekenhuis Bonheiden http://www.imelda.be
Bart Blancquaert
Facilitair directeur Imeldaziekenhuis Bonheiden http://www.imelda.be
Philippe Van Goethem
Architect SVR-Architects
http://www.svr-architects.eu
L’hôpital Imelda de Bonheiden travaille depuis plusieurs années à la mise en œuvre d’un nouveau concept pour son hôpital de jour chirurgical. À présent que le permis de bâtir pour la nouvelle construction est délivré et que les travaux préparatoires avancent, le chantier proprement dit va bientôt pouvoir commencer. Deux principes ont guidé Stefaan Claeys, directeur des services techniques, et les architectes Philippe Van Goethem (SVR-Architects) et Bart Blancquaert (HASA Architecten) : un flux fluide et une prévisibilité à 99 %.
Quiconque a déjà subi une intervention en hôpital de jour connaît le stress qui l’accompagne. Le jour de l’intervention, il faut arriver à jeun à 7 heures, on est conduit en chambre… et l’attente commence. Vers midi, toujours à jeun, on apprend que l’intervention est prévue à 14 heures et que la préparation peut commencer.
Stefaan Claeys :
« De 7 à 14 heures, il ne s’est rien passé et il n’y a aucune raison que le patient soit déjà sur place. Il occupe une chambre, mobilise du personnel soignant, et n’est pas heureux. Cette attente est aussi source d’un stress important. Les hôpitaux veulent changer cela. Mais ajouter une aile d’hôpital de jour tout en continuant à faire les interventions au bloc opératoire impose du transport interne et toute la logistique qui va avec. En outre, une grande partie des interventions se font déjà sous anesthésie minimale et les patients souhaitent de toute façon rentrer chez eux le plus rapidement possible. »
Une nouvelle manière de travailler
À Bonheiden, ils ont voulu faire autrement. Tout commence en 2022 avec une réflexion sur les besoins futurs de l’hôpital. L’un d’eux est le glissement de l’hospitalisation classique vers la chirurgie ambulatoire et les soins ambulatoires, et la direction a souhaité miser pleinement sur cette évolution pour ne pas prendre de retard. Si le calendrier est respecté, il ne se sera écoulé que cinq ans entre le concept et la réalité, soit bien moins que dans la plupart des autres hôpitaux, où les plans datent parfois de 15 ans et risquent d’être dépassés.
« Nous avons d’abord mis en place un groupe de travail composé de consultants issus du terrain. Quelles activités et quels flux voulons-nous sortir de l’hôpital principal pour les regrouper dans le nouvel hôpital de jour chirurgical ? »
Les chirurgiens ont été invités à faire des choix : les interventions complexes restent évidemment dans les blocs opératoires classiques. Mais dès qu’il s’agit d’une intervention permettant au patient de rentrer chez lui le jour même, elle doit être réalisée dans la nouvelle structure.
On a ensuite examiné comment organiser de manière optimale le parcours du patient de A à Z : accueil, préparation physique, entrée au bloc, intervention, sortie de salle d’opération, passage en salle de réveil, séjour en lit ou en fauteuil, puis sortie.
« Le concept prévoit que chaque lit soit utilisé au minimum deux fois par jour, chaque fauteuil trois fois. Il ne s’agit pas uniquement d’un aspect financier : c’est aussi la capacité nécessaire pour traiter un nombre optimal de patients. Une fois ces éléments clarifiés – dans une logique de progression continue – nous avons recherché un architecte capable de concevoir un bâtiment autour de cette vision. »
Le point de vue de l’architecte
Dans un hôpital, de nombreuses interventions non programmées arrivent au bloc via le service des Urgences. En retirant du circuit classique les interventions prévisibles, il est possible d’augmenter l’optimisation.
Philippe Van Goethem :
« Nous construisons des hôpitaux de jour depuis 2011 et nous avons constaté que le goulet d’étranglement du modèle classique, ce sont les blocs opératoires. Comme tout y arrive, les petites interventions doivent faire la file au même titre que les plus lourdes. En les sortant de ce circuit, vous optimisez non seulement l’hôpital de jour, mais aussi l’hôpital principal. C’est gagnant-gagnant. »
Un avantage supplémentaire : ce nouveau centre de chirurgie ambulatoire est un bâtiment distinct, non pas à l’arrière, mais à l’avant de l’hôpital. Les patients ne doivent donc pas traverser tout le bâtiment principal pour trouver l’hôpital de jour : ils y accèdent directement, ce qui renforce encore l’optimisation des flux. La plus grande rotation des lits et fauteuils permet un meilleur usage de la surface au m², ce qui améliore aussi le retour sur investissement (CAPEX).
Autre question clé : l’hôpital de jour doit-il être complètement séparé, ou relié à l’hôpital principal ? Dans une précédente édition de hospitals.be (2024/1), un article sur DAISY, l’hôpital de jour chirurgical d’Yverdon-les-Bains (Suisse), évoquait fièrement son indépendance totale. Philippe Van Goethem nuance :
« Notre premier hôpital de jour était celui de Sint-Augustinus à Anvers. Nous étions partis de l’idée que la chirurgie ambulatoire constituait un traitement à part, nécessitant un bâtiment à part, totalement indépendant. Cette idée a tenu quelques années, mais elle est aujourd’hui dépassée. Dans l’hôpital de jour, on pratique quasi les mêmes interventions, avec les mêmes besoins, que dans les blocs classiques, simplement de manière plus prévisible. »
Stefaan Claeys confirme :
« Dans cette logique, la gestion du nouveau bloc opératoire se fera à partir du bloc principal, via une coordination centrale, une stérilisation centrale unique (CSA) et des flux logistiques identiques. Par exemple, le chariot de préparation pour chaque intervention sera constitué de manière centralisée. »
Cela simplifie également l’organisation du personnel.
Différents types d’interventions
Le planning de l’hôpital de jour est extrêmement stable : 99,9 % des interventions sont fixées à l’avance ; le seul imprévu possible est l’absence d’un patient. Dans un bloc classique, des plages horaires sont réservées par discipline ; 80 % des interventions sont planifiées longtemps à l’avance, les 20 % restants étant ajoutés la veille ou le jour même, avec toutes les conséquences que cela implique. Les interventions complexes peuvent déborder, au détriment des petites interventions standard, qui sont les premières à être repoussées.
Rassembler ces petites interventions standard dans une structure dédiée est qualitativement meilleur pour le patient, qui vivra moins de stress.
Le pré-opératoire sera également revu. Fini, le long questionnaire à remplir à l’arrivée : il devra être complété à l’avance et prêt le jour de l’intervention. Les nouveaux dossiers patients électroniques facilitent cette approche. En plus du flux physique, le flux administratif complet doit être finalisé numériquement avant l’intervention. C’est une condition clé de la réussite.
« Nous avons aussi tenu compte du fait qu’au sein même de l’hôpital de jour, il existe différentes catégories d’interventions. Parmi celles qui ne nécessitent ni séjour ni repos sur place, on distingue encore les interventions lourdes des plus légères. Pour ces dernières, une « chirurgie de cabinet » est possible », explique Philippe Van Goethem.
Le nouveau bâtiment comprend donc des salles de traitement.
« Les interventions ne nécessitant quasiment pas d’anesthésie, ni de préparation, ni de suivi, se font aujourd’hui un peu partout dans l’hôpital, selon les besoins de chaque service. Demain, elles pourront être réalisées dans ces salles de traitement. Nous avons prévu quatre salles standard et deux plus grandes regroupées dans un même cluster ; les plus grandes sont techniquement comparables à des salles de bloc opératoire (par ex. en termes de conditionnement d’air). Si le patient ne doit pas passer par la salle de réveil, il peut rester au rez-de-chaussée pour son intervention », ajoute le directeur des services techniques.
Changements pour les médecins et les infirmiers
L’admission des patients pour une intervention impliquera aussi un changement de pratiques pour les médecins. À l’heure actuelle, environ la moitié des patients arrivent via les Urgences, sans pour autant relever de l’urgence, parce que c’est « plus rapide ». Ce ne sera plus possible, car ce n’est pas organisable dans le nouveau modèle.
Dans la nouvelle configuration, la procédure de sortie ne devra plus nécessairement être réalisée par le chirurgien : elle pourra être prise en charge par l’infirmier qui accompagne le patient tout au long de son parcours dans l’hôpital de jour chirurgical. Le patient qui rentre à domicile aura reçu toutes les informations nécessaires (y compris celles du médecin) et sera ensuite suivi par le chirurgien concerné.
Le fait qu’une sortie rapide soit possible en hôpital de jour tient non seulement à l’anesthésie (plus courte ou locale), mais aussi à la réduction des distances, tant horizontales que verticales.
« Le bâtiment s’y prête très bien. Le patient peut s’orienter facilement et l’organisation peut anticiper très rapidement », souligne l’architecte.
Le rez-de-chaussée
Le nouvel hôpital de jour chirurgical sera construit à côté de l’entrée principale de l’hôpital, mais avec sa propre entrée.
Bart Blancquaert :
« Nous avons volontairement orienté la façade du nouveau bâtiment pour que l’entrée donne sur la place, avec une entrée bien reconnaissable pour l’hôpital de jour. Elle doit être très facilement accessible et clairement identifiable, tout en étant proche du bâtiment principal auquel elle sera reliée. Nous avons conservé les espaces verts en façade, car ils font partie de l’identité visuelle du site. »
L’entrée, située à l’angle du bâtiment, comprend une zone d’enregistrement et une très grande salle d’attente où les patients séjournent brièvement avant d’être guidés vers leur destination (bloc, salle de traitement, clinique de la douleur, endoscopie). Il n’y a pas de salle d’attente à l’étage.
Derrière la zone patient, une back-office est prévue (sans accès patient) qui assure la liaison avec le bâtiment principal.
Les accompagnants peuvent patienter dans la salle d’attente, mais :
« Nous souhaitons limiter autant que possible le nombre d’accompagnants sur place. Nous les informerons lorsque l’intervention sera terminée ; entretemps, ils pourront se rendre à la cafétéria ou se promener. Nous développons une application permettant à l’accompagnant de suivre la position du patient à chaque étape », explique Stefaan Claeys.
Au rez-de-chaussée, on trouve 6 salles de traitement, à proximité de la clinique de la douleur, pour les patients ne nécessitant pas de préparation.
La clinique de la douleur est aménagée comme un lounge pour la préparation, avec deux salles équipées d’appareils de radiologie où certaines interventions peuvent être réalisées. Ensuite, le patient se repose dans un des fauteuils.
« Le concept de lounge est déjà appliqué à l’hôpital de jour oncologique : les chambres y ont été supprimées, remplacées par des alcôves avec sièges, de manière à ce que chaque patient puisse regarder dehors, dans une sorte de cocon, sans avoir l’impression d’être collé au voisin. »
Premier et deuxième étage
Au premier étage, on retrouve les salles d’opération, comme dans le bâtiment principal qui est lui aussi organisé au niveau +1. La liaison entre les deux bâtiments débouche au niveau de la stérilisation centrale, à côté des blocs. On compte quatre salles d’opération. Les patients y sont préparés directement sur place. Ils passent par les vestiaires, une zone de préparation avec lit ou fauteuil, puis sont conduits vers l’une des quatre salles. Après l’intervention, ils vont soit en salle de réveil, soit dans une chambre avec lit, soit dans un lounge. L’objectif est de raccourcir au maximum le temps de passage.
« Un flux qui circule à contre-sens des aiguilles d’une montre est toujours plus simple à organiser que l’inverse. Nous avons appliqué ce principe ici », ajoute l’architecte Van Goethem.
Au deuxième étage, seront réalisées les gastro-, colo- et bronchoscopies. L’aménagement est similaire. On part du principe que la plupart des patients auront correctement effectué leur préparation à domicile pour la coloscopie, mais comme ce ne sera pas toujours le cas, une zone de préparation avec plusieurs box est prévue. Les patients y sont installés sur des brancards, car il sera presque toujours nécessaire de récupérer après la sédation. Après le passage dans une salle d’examen, ils se rendent, via ou non la salle de réveil, dans une chambre.
Dans cette zone, il n’y a pas de fauteuils, uniquement des chambres pour garantir davantage d’intimité (par exemple après une coloscopie). Il n’y a pas non plus de bureaux administratifs fixes : les dossiers des patients sont entièrement électroniques et consultables partout.
Toutes les interventions étant planifiées, les chirurgiens viennent selon le planning et ne disposent pas de locaux dédiés. Les anesthésistes, eux, disposent d’un poste dans le bloc et en salle de réveil. Deux salles de consultation sont également prévues.
Évolution de l’activité
Les infirmiers qui travailleront dans le nouveau bâtiment de chirurgie ambulatoire viendront en grande partie du bloc classique, mais verront leurs tâches évoluer, avec davantage de responsabilités avant et après l’intervention.
« L’objectif est de travailler avec des équipes fixes, car le fonctionnement de l’hôpital de jour diffère de celui du bloc classique et le type d’intervention aussi. Par cluster d’interventions, les infirmiers seront spécialisés. Contrairement à l’hôpital principal, l’hôpital de jour fonctionne avec une seule plage horaire, mais cela changera probablement à moyen terme », précise le directeur des services techniques.
Globalement, le secteur observe une diminution du nombre de lits d’hospitalisation nécessaires. Dans la région de Bonheiden, une légère hausse subsiste (notamment en gériatrie), mais l’activité de chirurgie ambulatoire et les examens préventifs (notamment en gastro-entérologie) sont clairement en hausse. On s’attend donc à une augmentation de l’activité de chirurgie ambulatoire une fois le nouveau bâtiment opérationnel fin 2025/début 2026. Le concept et le bâtiment sont dimensionnés pour une croissance de 30 %.
Actuellement, il n’y a plus d’espace disponible pour l’hospitalisation dans l’hôpital principal. Il faut donc attendre le déménagement vers le nouveau bâtiment pour pouvoir rénover progressivement les anciennes infrastructures.
Les soins deviennent de plus en plus spécialisés, ce qui implique davantage d’espace de stockage. La polyclinique doit également être rénovée, ce qui nécessite des espaces temporaires pour relocaliser les consultations.
À propos du nouveau bâtiment
L’une des demandes de départ était que le bâtiment soit modulaire, afin de pouvoir s’adapter à d’éventuelles nouvelles exigences.
Bart Blancquaert :
« Pour construire un bâtiment capable d’évoluer avec ses utilisateurs, nous avons limité le nombre de colonnes dans la structure, ce qui permet de grandes zones ouvertes aménageables de multiples façons. Tout le bâtiment est dessiné sur des modules de 1,20 mètre. C’est ergonomique et cela offre la possibilité à l’avenir de réutiliser certains éléments. Le secteur de la construction contribue fortement aux émissions de CO₂ ; il est donc essentiel d’utiliser les matériaux avec parcimonie. »
L’édifice sera énergétiquement performant, avec un objectif de 20 % en-dessous de la norme actuelle pour la consommation énergétique liée au bâtiment, grâce notamment à une alimentation entièrement basée sur la géothermie sous le bâtiment.
« Nous voulions un bâtiment dont la palette de couleurs s’accorde avec celle de l’existant. L’entrée principale noire reste l’élément repère qui guide le visiteur depuis les parkings. L’entrée de l’hôpital de jour se trouve juste à côté, avec une galerie traversante vers l’arrêt de bus. Les piétons arrivant en transport en commun peuvent ainsi rejoindre l’entrée principale à couvert. »
Les bandeaux continus en façade sont constitués de cassettes en ossature bois, permettant de remplacer une partie pleine par une fenêtre (ou inversement) sans modification structurelle lourde. Le bâtiment peut donc évoluer avec les besoins. Deux problèmes fréquents en rénovation – colonnes gênantes et manque de lumière naturelle – sont ainsi anticipés et évités.
Aménagement intérieur
Tout l’équipement technique sera installé en sous-sol. Rien ne sera placé en toiture afin de préserver la qualité des vues depuis les chambres.
À l’intérieur, le choix s’est porté sur un univers clair et chaleureux. L’usage du bois adoucit le caractère strictement médical et fonctionnel.
« On peut ainsi créer dans un hôpital de jour une atmosphère différente de celle d’un hôpital classique, plus proche du cocooning, afin que le retour à domicile ne soit pas trop abrupt. Nous avons opté pour un environnement plus domestique avec des matériaux doux, tout en conservant le niveau d’hygiène nécessaire », résume Philippe Van Goethem.
Une grande transparence est recherchée : les vues en enfilade sont possibles, mais uniquement dans des zones réservées au personnel. Dans les espaces de préparation à la coloscopie, des lamelles assurent la confidentialité. La plupart des locaux bénéficient de lumière naturelle, ce qui améliore nettement le bien-être.
Dans les couloirs menant aux chambres, des portes coulissantes avec lamelles laissent passer la lumière. Les chambres, bien que petites, suffisent pour des séjours de courte durée. Elles disposent d’une grande fenêtre avec vue sur la verdure, de l’équipement médical nécessaire, d’un espace de travail pour le personnel soignant et d’une salle de bain privée (toilette et lavabo). Dans le couloir, un poste de soins ouvert avec des comptoirs clairement identifiés facilite l’accessibilité du personnel, ce qui est essentiel pour l’expérience patient.
En salle de réveil, aucun rail technique visible : tout l’équipement médical est discrètement intégré.
Une petite salle de détente pour le personnel, plus conviviale qu’un réfectoire classique et largement ouverte à la lumière du jour, complète l’ensemble.
Déménagements en cascad
Une première étape a été franchie il y a deux ans avec la construction d’un nouveau bâtiment pour une partie de l’administration (archives, RH, communication) et l’extension de la polyclinique. Pour pouvoir retirer le module provisoire (container) qui abrite actuellement l’hôpital de jour chirurgical et faire place au nouveau bâtiment, de nombreux déménagements internes ont été nécessaires. Trois mouvements successifs ont permis de libérer l’espace indispensable aux activités de chirurgie ambulatoire avant de retirer le container et de lancer le chantier.
Une période de rodage a précédé ce déménagement : l’objectif était de tester comment utiliser un lit deux à trois fois par jour, dans un espace temporaire plus restreint que le container initial, avec moins de lits disponibles.
Le temps de construction devrait être relativement court, car de nombreuses structures peuvent être préfabriquées. L’hôpital prévoit environ un an et demi de chantier et espère pouvoir organiser la réception de Nouvel An 2026 dans le nouveau bâtiment de chirurgie ambulatoire, même si tout n’est pas encore totalement finalisé.
« Avec une bonne organisation et une coordination efficace, nous devons pouvoir y arriver », conclut Stefaan Claeys.